Comment une grande ville comme Chicago (Chacogi dans le texte), au cœur de la plus grande puissance mondiale peut-elle être soudainement privée d'eau et d'électricité ? C'est pourtant arrivé et cela risque d'arriver encore. En cette fin de 20e siècle, nombreux ont été les cataclysmes naturels : canicules, typhons, vents extrêmement violents, inondations… qui ont montré les limites du mode de vie confortable et dispendieux des sociétés occidentales Nombreux furent les scientifiques à mettre en cause la part de responsabilité de l'homme dans le phénomène de réchauffement de la planète.
Ce n'est donc certainement pas un hasard si l'action se passe un jour d'été en 1995, un de ces jours où on est en droit de douter de la capacité de l'homme à tout maîtriser, à tout contrôler.
Contrairement à un roman policier, ici on ne cherche pas le coupable : il est désigné dès le départ. Le coupable, c'est en quelque sorte, la future victime d'un meurtre qui s'organise sous nos yeux, avec nous, et pourtant malgré nous. Le suspense repose donc tout entier sur le verdict final. Vont-il tuer Gill Bates ?
Dès le premier acte, les personnages sont dans le vif du sujet pour entrer progressivement dans une lutte d'influence qui va les emmener bien au-delà de ce qu'ils escomptaient, leur faisant vivre les angoisses d'une assemblée constituante ou la fièvre d'un tribunal révolutionnaire. Bientôt, ce sont les liens nouvellement tissés entre eux qui vont nourrir l'action, plus que les arguments proprement dits. Dans cette guerre des nerfs, les plus solides ne sont pas forcément ceux que l'on croit…
Construite presque en huis clos, " Faut-il tuer Gill Bates ? " reprend la problématique des " Justes " de Camus ou " Les Mains Sales " de Sartre, mais dans un contexte plus contemporain. En aucun cas il ne s'agit d'une apologie du terrorisme, bien au contraire, puisque l'action des personnages tourne à l'absurde et finit dans une éclatante contradiction avec l'arrivée du tueur et le coup de théâtre final.